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dimanche, septembre 25, 2022

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Carrière artistique : « malgré toutes mes grandes aventures et gloires dans les années 70, je n’ai pas eu de la chance d’avoir un producteur pour croire en moi afin de me hisser sur les planches”, Issaka Kouanda dit “Honda”

Il est des individus dans la société qui ne passent pas inaperçus. De ceux-là, Issaka Kouanda “Honda “, né en 1953 à Kokologho à une cinquantaine de kilomètres à l’Ouest de Ouagadougou dans la province de Bulkiemdé. Il n’est pas d’argent qu’on indique à montrer du doigt à son passage, ni homme politique en quête de popularité.

Il est des gens du peuple dont la popularité provient de leur don de la parole, leur faculté à communiquer avec les autres. Issaka Kouanda ” Honda ” n’a pas d’endroit où il passe sans attirer les regards, provoquer de rires et entraîner à sa suite un groupe de badauds. Les atouts de sa popularité : d’abord, son nom Honda, comme la marque de cette motocyclette si répandue au Burkina en 1989. Ce surnom est resté collé à lui par suite des difficultés qu’un enfant éprouvait à prononcer son vrai nom Kouanda. Fait du hasard, il se trouva qu’il était le plus rapide de ses copains de groupe à la course. De là, l’assimiler à la motocyclette Honda qui roule vite, il n’y avait qu’un pas que ses copains ont vite franchi. Ainsi Kouanda s’appelle Honda.

Pour mieux gérer cette popularité acquise au sein de ses copains, Honda cultive à merveille ces autres dons à savoir le sens du comique et la danse. ” Mes parents sont musulmans et m’interdisaient d’aller dans les manifestations. Mais il me suffisait de voir une seule fois une danse autre que le warba et je l’interprétais correctement “, explique-t-il. Très vite, Honda devint le maître danseur du groupe. Il exécute avec aisance toutes les danses à la mode comme le cavacha, le ziglibiti de 1974 à 1978. Puis de 1984 à 1986,  les kwassa kwassa, les massassi calculé et autres n’ont plus de secret pour lui. Ainsi, beaucoup d’orchestres le sollicitent lors de leurs prestations.

Par ailleurs, Honda est celui qui peut exécuter quelques pas de danse, à l’audition d’un morceau, au détour d’une rue. Et cela, pour le spectacle et la gaîté qu’il sème sur son passage. Comédien, Honda est un puits d’histoires drôles qu’il sert à volonté lorsqu’on le sollicite dans des manifestations. A ce don, s’ajoutent son accoutrement et sa capacité à exprimer diverses situations par sa démarche, sa posture, son regard ou la mine. Honda maîtrise son corps à sa guise. Mais il n’a jamais eu la chance de le démonter sur les planches. Le destin semble l’en avoir éloigné. Définitivement ?

En effet il prit contact avec l’Ensemble artistique de la Radio-Télévision du Burkina. Mais au moment où celui-ci avait besoin de lui, Honda était photographe journalier dans un studio-photo de la place. Il fallait bien assurer le pain quotidien.

Aujourd’hui, Honda vit de sa profession de photographe. ” Je ne gagne pas beaucoup, mais j’arrive à vivre”, confie-t-il. Son intinénaire de photographe est aussi mouvementé que sa vie. Une vie faite d’aventures.

En 1970, devenu depuis longtemps Honda, il va à l’aventure en Côte d’Ivoire. Il y exercera tous les métiers possible comme boy-cuisinier, commis-pointeur sur un chantier au compte d’une société d’exportation de bois, puis tailleur.

Ses aventures l’amèneront au Ghana voisin, au Liberia, en Guinée (Conakry). Dans son périple, il côtoie assidûment les orchestres, mettant à profit ses talents de danseur. C’est au cours de cette aventure en pays étrangers qu’il est initié à la photo par un Ghanéen puis un Béninois. L’aventure dura 17 ans.

En 1987, c’est le retour au bercail. Il côtoie sans succès les orchestres pour leur proposer ses services mais il se retrouve employé comme journalier à Yankee-photo, finit par acheter son propre appareil pour voler de ses propres ailes. Photo-Rapide, son atelier voit le jour en 1988. Alors, Honda cultive au mieux son personnage. Par son habillement, il veut mettre en relief ce qui le caractérise le mieux ” comédien-danseur “.

C’est 1998 que j’ai perdu mon père. J’ai été animé par deux sentiments heureux et malheureux. En premier lieu, animé par un sentiment de joie pour une liberté totale, ensuite, par un sentiment de tristesse pour la perte d’un être très cher que je ne verrai plus jamais. Suite au décès de mon père, mon oncle décide de m’amener en Côte d’Ivoire. Cette opportunité fut le début d’une autre grande aventure qui commence pour moi. Mais déjà en 1970, je participe à ma première compétition de danse et je remporte mon tout premier trophée. En 1974, le deuxième trophée avec le morceau Cavacha. En 1975, je remporte un nouveau trophée avec la danse du Robot, en 1976, c’est une nouvelle victoire à San-pedro. Malgré toutes ces grandes aventures et glories, je n’ai pas eu de la chance d’avoir un producteur pour croire en moi et me produire un album. De retour au pays natal en 1985, j’ai rencontré un grand journaliste de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB) du nom de Yemdaogo Kafando avec qui j’ai beaucoup échangé et ces échanges ont donné l’idée de créer un groupe. C’est ainsi que le groupe est né et mis en place avec des danseurs de différentes nationalités (Burkinabè, Ivoirien et Camerounais). Nous étions au total 8 danseurs. J’ai aussi presté avec les orchestres de la Gendarmerie nationale et de la Base aérienne de mon pays. En 1998, j’ai enregistré mon premier album ” Laad-Nonma ” avec le Moussa Doussa et malheureusement, la cassette a disparu. En 2000, j’enregistre le deuxième baptisé ” Sougri ” avec Bazar Musique qui n’a pas eu de la promotion pour décoller. Je travaille actuellement sur le troisième et mon ouvrage ” 333 proverbes”. Avec mes dons de talents de comédien, humouriste, danseur et photographe, je peux bien jouer un rôle dans un film “, lance-t-il.

Aujourd’hui, Honda se fait remarquer en ville par son accoutrement et sa motocyclette marque C-T. Avec ses chemises et pantalons très amples de couleurs vives, on le comparerait volontiers à Aurlus Mabélé ou à Djo Balar. Ses préférences vont par contre au premier. ” Aurlus Mabélé est un artiste, un bon danseur. Djo Balar est habillé par les grands couturiers d’Europe. Ils ne sont pas à comparer “. Honda ne se prend pas pour un Djo Balar, et à juste titre. Ses habits, il les fait coudre par son tailleur qui y imprime avec exactitude ses fantaisies. A travers son habillement, il cherche à s’imposer un style propre à lui, un look à l’instar des artistes tels que feu François Louga, Kanda Bongo Man, qu’il à tant admiré à leur époque. ” J’ai un tailleur qui connait mes goûts. Quand je lui amène un tissu, il voit tout de suite le modèle qui peut me convenir”.

Et les modèles de Honda de 1970 à 2022 vont toujours bien avec son personnage et sa motocyclette C-T à laquelle il a apporté tellement des modifications au point qu’elle ressemble à vue d’œil à une Honda (la marque).

Personnage folklorique ? Honda s’en défend. Sa conception de la vie est un optimisme à défier toute épreuve. La vie doit être de joie et de gaîté. ” Tu as de l’argent, on te critique, tu n’en as pas, on te critique. Pour ma petite histoire, mon grand-père fut un grand danseur et comédien de son temps. La plupart du temps, ses prestations se passaient à Koudougou où à Ouagadougou. Donc, je peux dire sans risque de me tromper que j’hérite du grand talent de mon grand-père. C’est donc, pour cela que je suis devenu un danseur et humouriste par la passion et par le sang et ainsi par amour”, foi de Honda.

David Demaison NEBIE

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