La réconciliation nationale, une promesse sous serment du président Roch Marc Christian Kaboré au peuple burkinabé

« Les mêmes doutes qui pesaient sur les élections, se font encore sentir au sujet de la réconciliation.

A la manœuvre, il y a toujours les pour et les contre et les coups fourrés et autres attaques frontales, sont à « l’honneur », dans une teneur sans précédent de decrédibilisation du politique et de la politique !

La confiance c’est le moins qu’on puisse dire, n’est pas la chose la mieux partagée dans le contexte. Pourtant le président Kaboré a été clair à la veille et pendant la campagne.

Il le sera encore plus dans son discours d’investiture. »

RETOUR SUR UN SERMENT

En effet la symbolique de ce message assermenté, accroît le caractère impératif de la réconciliation, puisque gagée par le jurement sur la constitution.

Il en va particulièrement des passages ci-dessous, qui dessinent en 6 points les balises qui doivent entourer l’engagement de réconciliation.

Analysons-les :

1-Je tiens à rassurer que je resterai attentif aux préoccupations de l’ensemble de mes compatriotes, surtout en ce qui concerne la réconciliation nationale, la paix et la sécurité, gages de toute action de développement.

NB: ici la réconciliation est élevée au rang essentiel de caution, de garantie pour le développement.

Voilà qui d’emblée contredit l’affirmation populiste selon laquelle le peuple n’aurait que faire de la réconciliation, ce machin de politiciens qui veulent selon certains réfractaires à la cause, s’en servir pour tirer leurs marrons du feu, autrement dit pour régler égoïstement leurs problèmes.

Ces mots du président devraient définitivement tuer dans l’œuf les sorties légères et déconsidérantes sur la question de la réconciliation, vitale pour le développement de la nation.

2-J’invite les Burkinabè, sans exclusive, à l’ardeur au travail et à la défense de l’intérêt supérieur de notre Nation qui, aujourd’hui, plus que jamais, a besoin de l’union sacrée de ses fils et filles pour son développement et pour tenir son rang dans le concert des nations.

NB: La connexion entre la réconciliation nationale et l’union sacrée est historiquement démontrée.

La France face au défi de la guerre, voit le 4 Août 1914 son président de la république Raymond Poincaré, à travers un message aux assemblées en appeler à l’union sacrée des français, pour voler au secours de la nation en danger. Il accompagne son appel par des mesures allant dans le sens de la réconciliation nationale.

Le terme et l’exemple ainsi consacrés connaitront une fortune toujours en croissance. La bonne preuve !

Dans notre situation particulière, marquée par de nombreux enjeux collectifs dont la guerre, l’appel à l’union sacrée sous-tendu par des mesures d’accompagnements, n’a pas besoin d’explications pour un patriote.

Facteur de développement, le Président du FASO en fait aussi à juste titre un autre d’incitation à l’union sacrée, pour lutter contre nos multiples mots et incidemment contre ceux qui résultent de la guerre qu’on nous impose.

3-Pour concrétiser ma volonté d’associer tous les Burkinabè dans la conduite des affaires publiques, je lancerai dans les mois à venir de larges consultations afin de définir les voies d’une réconciliation nationale véritable.

NB: Et puis voilà le maitre mot. Réconciliation nationale véritable. (Elle pourrait donc être factice, pipée). C’est en tout cas l’affirmation qui devrait rassurer et fixer la conviction de tous, sur le caractère inclusif des concertations et sur la collégialité et le consensus qui doivent être au départ de la définition des voies à suivre pour cette impérieuse réconciliation.

Nul autre, pas même le président du Faso, ne doit en décider comme un monarque concède une faveur à des sujets.

Un point important du message sous serment qui répond au demeurant, à des demandes formulées par beaucoup d’acteurs intéressés par cette quête de réconciliation. Le chemin sera tracé par des consultations inclusives en vue, du Forum POUR LE DIALOGUE NATIONAL DE RÉCONCILIATION.

4-Ma conviction est établie que la réconciliation nationale ne saurait faire l’économie des crimes de sang, des crimes économiques et politiques qui, de 1960 à nos jours continuent d’envenimer les rapports entre les Burkinabé.

NB : il y a là un souci qui loin de nous éloigner de la réconciliation ou de sa réalisation par la justice transitionnelle, nous y rapproche.

La réconciliation notamment par la justice transitionnelle n’est pas réduite à une séquence de temps, à un seul régime, à une seule matière ou à quelques individus.

Elle concerne des questions qui peuvent remonter jusqu’à l’indépendance (résultants de crises / crimes graves non élucidés non réparés), et qui sont multiformes: politiques, économiques, sociales, militaires, écologiques relatives à la mémoire ou au genre.

Cette réconciliation ainsi appréhendée située dans le cadre de la justice transitionnelle, n’est nullement exclusive de la vérité et de la justice.

Il est erroné et tout à fait injuste à son sujet de parler d’incitation à l’impunité.

Ce sont seulement les méthodes et les finalités de l’administration de la justice qui changent, dans la recherche de la vérité et de la justice.

La vérité est facilitée par des méthodes moins répressives et brutales et la justice devient plus réparatrice et redistributive, que punitive et vengeresse.

Où est l’impunité quand l’auteur de l’infraction et la victime se retrouvent pour retracer les faits, avec le pardon du second (assuré de réparation), pour le premier, contre l’aveu et la demande de pardon du premier à ce dernier ?

5-La réconciliation nationale que j’appelle de tous mes vœux doit aller au-delà des questions conjoncturelles pour nous permettre de définir ensemble les bases d’une société burkinabè fondée sur les valeurs cardinales du travail, de la probité, de la dignité et de la défense de l’intérêt national que nous léguerons à la postérité.

NB: voilà une autre préoccupation inspirée de la justice transitionnelle et que l’on ne trouve pas dans la justice classique, qui apparait ici. Au-delà des questions circonstancielles, purement politiques, il importe de régler les problèmes qui érodent nos valeurs, notre éthique du travail et qui compromettent les grands équilibres du pays.

Autrement dit la réconciliation est politique mais encore une fois, pas exclusivement.

C’est là un des soucis de la justice transitionnelle qui dans la foulée de ses préoccupations va nettement plus loin (jusqu’à porter grande attention aux questions liées à la non répétition des mêmes faits, à la reconstruction ou à la traçabilité ou réhabilitation de la mémoire), qui est exprimé dans le message.

6-Ce pacte social doit être une œuvre mobilisatrice et fédératrice de tous les Burkinabé autour des changements de mentalités, de comportements et d’idées nécessaires pour la défense et la consolidation de l’Etat-Nation, de l’Etat de droit démocratique et de notre modèle de vivre-ensemble.

C’est un devoir citoyen qu’il nous faut accomplir dans l’intérêt de l’unité nationale.

NB : la réconciliation est l’occasion d’une catharsis. Un haut moment de retrouvailles nationales pour corriger nos erreurs, adopter de nouveaux comportements qui consolident les assises nationales, autant que le vouloir vivre collectif.

Ça, ce n’est pas le souci d’une justice classique.

Au total par ces 6 points, le président du Faso n’a pas parlé en l’air mais la main sur la constitution, le jour de son investiture devant le peuple et des représentants de peuples frères comme d’institutions internationales. La création du ministère de la réconciliation et de la cohésion sociale, qu’il faut saluer loin de mériter les railleries et bafouages dont elle est l’objet, est un signe de bonne volonté.

Un geste qui en raison de l’importance et de la permanence des missions en mains, mériterait même d’évoluer vers la création d’une institution pour mieux en assurer la pérennisation.

En attendant, il faudrait d’abord lancer la machine dans une ambiance de confiance retrouvée et consolidée. J’y reviens car c’est un préalable incontournable.

Quoique l’on dise, et il ne faut pas s’y tromper, celui qui tient le flambeau de la réconciliation et à qui incombe la mise à feu en abandon, c’est bel et bien le président Roch Marc Christian Kaboré et personne d’autre.

Me Hermann Yaméogo

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