COVID 19 en Afrique du Sud : manque de place dans les morgues, une ONG aide à l’inhumation des musulmans

Dans la communauté musulmane de Johannesburg en Afrique du Sud, les enterrements ont lieu dans le respect de la tradition islamique grâce à une ONG qui aide à l’inhumation des morts du Covid à Lenasia, une banlieue près de la capitale. En pleine pandémie de coronavirus, cette association a obtenu l’autorisation des autorités afin de pratiquer les rites funéraires propres à l’Islam.

180 personnes ont déjà été enterrées par l’équipe de Saaberie Chishty Society, la plupart du temps dans les 12 heures et toutes les 24 heures comme l’exige la tradition islamique. « Quand nous avons vu les images de l’étranger, où ils faisaient des enterrements de masse, quand ils parlaient d’enterrements de masse, nous étions inquiets, en tant que musulmans, nous ne pourrions pas remplir les droits de nos défunts. Nous avons donc créé une installation séparée pour le bain et l’enterrement des corps. Nous veillons à ce que toute notre équipe porte des équipements de protection individuelle et soit formée à leur utilisation, et à leur retrait. Ainsi, nous prévenons l’infection dans ce domaine », explique Aboobaker Sayed, le responsable de l’ONG Saaberie Chishty Society,

Saaberie Chishty Society, intervient également au domicile des malades musulmans du Covid-19 grâce à ses ambulances. Les deux ambulances assurent par jour le transfert vers les centres de soins de 14 cas de Covid-19.

L’Afrique du Sud, avec 60 millions de personnes, compte plus d’ 1 million de cas confirmés de Covid-19, soit 41 % de l’ensemble de tous les cas des 54 pays du continent, un continent de 1,3 milliards de personnes.

Pendant ce temps, le nombre de décès liés au Covid-19 a doublé ces deux derniers mois, les places se font de plus en plus rares dans les morgues sud-africaines. D’abord le froid. Puis vient l’odeur, indéfinissable mais inquiétante. Dix-sept corps sont allongés dans ce container réfrigéré installé dans la cour d’une morgue de Johannesburg, un espace supplémentaire pour entreposer les morts du coronavirus, toujours plus nombreux.

Sur chaque sac plastique blanc hermétiquement noué autour des corps, des autocollants d’un jaune nucléaire: « Hautement contagieux« . Maintenu à une température intérieure de 0°C, chaque caisson peut contenir jusqu’à quarante cadavres. « Nous recevons 40% de corps en plus » depuis le Covid, explique un responsable d’Avbob, l’une de plus importantes entreprises funéraires du pays.

Avec plus de 1,4 million de cas et près de 41 000 décès officiels, l’Afrique du Sud est le pays le plus touché du continent par la pandémie.

Pour faire face à l’afflux et aussi séparer les dépouilles Covid des autres, 22 caissons métalliques de douze mètres de long, habituellement utilisés pour le transport de marchandises, ont été répartis dans les 250 morgues de l’entreprise funéraire.

Dans son centre de préparation des corps à Pretoria, une employée emballe un mort, arrivé le matin-même d’un hôpital, d’une troisième couche de plastique. Il sera enterré d’ici quelques jours. « Les Covid ne peuvent rester ici que sept jours maximum« , explique une responsable du centre, Naomi Van der Heever.

« Rigide »

Sur la table en inox, dans cette salle exiguë carrelée du sol au plafond, la forme des pieds se distingue à travers le plastique, les bras serrés le long du corps un peu rigide, le crâne. Pas le visage.

Ici les frigos sont presque pleins: 200 corps ce jour-là sont en attente d’être enterrés ou incinérés. Plus de la moitié sont des victimes du virus. « Ils doivent partir rapidement, c’est le règlement. Ça nous a aussi permis de ne pas encore atteindre notre capacité maximale« , dit Mme Van der Heever.

A un autre bout de la chaîne, les fabricants de cercueils sont eux aussi sous la pression d’une mortalité record depuis plusieurs mois. « On ne prend plus de commandes« , répète au téléphone la secrétaire d’une usine de Johannesburg.

Depuis 07h30 ce matin, 160 ouvriers font voler la sciure de bois. Partout, des machines énormes tournent huit heures par jour dans un bruit infernal. Là, une planche ressort, « c’est le fond de la boîte« , explique Kasie Pillay, responsable des ventes de l’usine Enzo Wood. Environ 300 cercueils sortent chaque jour, l’usine turbine à plein régime. Impossible de faire du stock depuis des semaines.

« Extra-large »

« La demande pour des cercueils extra-larges a augmenté« , observe aussi Kasie Pillay. Une des premières découvertes sur le virus a été que les personnes en surpoids sont davantage à risque, tout comme celles souffrant de diabète ou de maladies chroniques. Dans un coin, de toutes petites planches empilées. Elles ont cette forme caractéristique en losange. « Ce sont des cercueils pour enfants« , explique la responsable des ventes d’Enzo Wood.

Un cercueil peut être fabriqué en vingt minutes. Mais ce qui manque, ce n’est pas le temps, c’est la matière première. Depuis le début de la seconde vague, l’entreprise fait face à une pénurie de bois. « Et certains tentent de profiter de la période, des choses sont devenues plus chères, les poignées par exemple« , ajoute Kasie Pillay.

En Afrique du Sud, en particulier dans les communautés noires, explique le responsable de l’usine, l’argent investi dans un cercueil est à la mesure de l’hommage rendu au défunt. Mais de nos jours, « les croque-morts ne sont plus regardants sur la qualité, tant qu’ils arrivent à trouver quelque chose pour enterrer les morts du Covid« .

Burkimbia.com

Source : Africanews

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