» Si la chèvre mange du karité, elle doit un grand remerciement au vent qui a fait tomber le fruit  » dixit Yézouma Coulibaly, militaire radié de 2011

Yézouma Coulibaly fait partie des militaires radiés suite aux mutineries de 2011. Ne faisant plus partie des effectifs de l’armée burkinabè, il a pris sa résolution de se reconvertir en agriculteur et éleveur. D’ailleurs, il s’en sort mieux dit-il. Mais pour lui, « si la chèvre mange du karité, elle doit un grand remerciement au vent qui a fait tomber le fruit car la chèvre ne peut pas monter sur le karitier mais c’est le vent qui fait tomber le karité. Celui-là même qui a fait un record de 142,5 tonnes de céréales en 2021, nous l’avons rencontré le jeudi 28 janvier 2021 dans son périmètre de production d’oignon à Bayé, un village de la commune de Solenzo, région de la Boucle du Mouhoun pour en savoir davantage sur sa reconversion et sa nouvelle vie d’agrobusnessman.

Burkimbia.com : De la grande production ordinaire de consommation, vous êtes aussi devenu producteur semencier. Pouvez-vous nous dire pourquoi cette extension ?

Yézouma Coulibaly : Effectivement depuis ma radiation des effectifs de l’armée burkinabè suite aux mutineries de 2011, je faisais uniquement la production ordinaire à grande consommation et c’est à partir de 2017 que je me suis formé pour être aussi un producteur semencier. Cela juste pour ajouter une corde à mon arc et aussi permettre aux producteurs burkinabè, en particulier ceux des Banwa, d’avoir des semences améliorées pour faire face aux changements climatiques. C’est ce qui m’a amené à réfléchir et à chercher des conseils auprès de mes devanciers pour me lancer dans cette nouvelle aventure. Pour être clair, je fais les deux productions en même temps parce que, pour qu’il y ait une grande production ordinaire de consommation, il nous faut des semences améliorées. Donc c’est pour dire que de 2017 à nos jours, je fais les deux. Mais pour la semence améliorée, je fais une petite superficie de 55 hectares pour mon partenaire NAFASO.

Burkimbia.com : Laquelle des deux productions vous est-elle la plus rentable ?

Yézouma Coulibaly : Je m’en sors mieux dans la production de la semence améliorée parce qu’avec cette production, si tu arrives à avoir un partenaire sûr qui prend ta production sans des difficultés, tu gagnes plus par rapport à la production ordinaire de grande consommation.

Burkimbia.com : Comment a été votre début, votre première expérience dans la production de la semence améliorée ?

Yézouma Coulibaly : Le début n’a pas été du tout de l’eau à boire. C’était la croix et la bannière. On produisait et on déposait à l’Union des Producteurs semenciers des Banwa pour le compte de l’État. Celui-ci venait payer une partie parce que c’est beaucoup et il ne pouvait pas tout prendre. Chacun revenait reprendre le reste de sa production qu’il vend aux commerçants à vile prix. C’était la catastrophe. Certains ont même vite baissé les bras pour retourner à la production commerciale d’antan. Je me rappelle qu’une année, l’État a pris nos semences en petite quantité et il restait beaucoup. Que faire du reste ? C’est ainsi que notre union a pris une résolution pour sauver le reste. Il se trouvait que mon défunt  papa vivait toujours. Les responsables de notre union ont demandé à celui-ci de me dire de venir enlever ma production du magasin parce qu’ils ont trouvé un marché avec NAFASO, si je pouvais envoyer notre production là-bas à Bobo-Dioulasso. C’était du riz et on avait la plus grande quantité. J’ai passé une semaine à l’usine de NAFASO pour le traitement. Et tellement notre riz était de bonne qualité, le Directeur Général a bien apprécié. Ce fut une occasion pour moi de le rencontrer. L’aventure n’a pas été facile. J’ai fait des va-et-vient pour cela. Mais au finish, j’ai pu avoir mon rendez-vous et c’est à partir de cette rencontre d’échanges qu’est parti notre partenariat. J’ai commencé à produire les spéculations tels que le maïs, le riz, le mil, l’oignon, l’arachide, le sésame et bien d’autres pour le compte de NAFASO depuis la campagne 2019, année de la signature de mon premier contrat que j’ai pu honorer et celui de 2020 également. Je peux dire que c’est grâce à ces deux contrats et l’appui financier, conseils, aide, assistance que je suis devenu un entrepreneur agricole. Avec le DG de NAFASO et son personnel, je n’ai pas de problème et je ne souhaite pas en avoir. De mes nombreuses formations en matière de production de semences en passant à l’acquisition du tracteur subventionné de l’État, c’est le premier responsable de NAFASO qui a payé la première tranche, sans oublier les intrants agricoles et bien d’autres qu’il me fournit.

Burkimbia.com : Tout cela pour quelle raison ?

Yézouma Coulibaly : Peut-être qu’il voit en moi un jeune courageux, travailleur qui a à peu près une histoire comme lui. Ce que je peux y ajouter, c’est que ce monsieur aime les jeunes courageux et travailleurs comme lui-même. Il m’a dit que si je continue toujours dans cette lancée, il va toujours me pousser à atteindre mon objectif. Franchement, je ne sais comment remercier ce monsieur pour son bienfait en mon égard.

Burkimbia.com : De quoi doit s’attendre ce monsieur de vous ?

Yézouma Coulibaly : Je ferai tout pour rester moi-même, regarder dans le rétroviseur mon passé. Comme j’aime le dire, si la chèvre mange du karité, elle doit un grand remerciement au vent qui a fait tomber le fruit car la chèvre ne peut pas monter sur le karitier. Donc, en résumé, c’est grâce à cet homme que j’ai pu attraper une branche d’un arbre. Il peut compter sur ma bonne volonté à travailler toujours à ses côtés.

David Demaison NEBIE

Représentant Régional de la Boucle du Mouhoun

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