«NOUS PENSONS QUE C’EST UN ACTE QUI A ETE PREMEDITE, PREPARE ET EXECUTE DE MAINS DE MAITRES », Yacouba Ladji Bama à propos des faits survenus à son domicile

Le Journaliste  d’investigation du bimensuel  Courrier Confidentiel a été  victime d’un attentat à son domicile  au petit matin du mardi 7 Janvier 2020. Que s’est réellement passé au domicile de ce dernier ? Comment  les faits se sont déroulés ?  Quelle est l’étendue des dégâts ? Des réponses dans cette  interview  qu’il a  accordée  à Radio Liberté.

Radio Liberté  (RL) : Que s’est –il passé chez vous  dans la nuit  du 6 au 7 Janvier 2020 ?

 

Yacouba Ladji Bama (BYL) : C’est une nuit qui a commencé  tout comme les autres nuits. Je suis rentré aux environs de 20h du bureau  et  vers 3 h du matin, j’ai été réveillé par les cris de mon épouse qui me disait qu’il y avait une flamme dehors. Quand je me suis réveillé en sursaut,  par la fenêtre de la maison, j’ai constaté qu’il y avait effectivement du feu qui brûlait  par  l’arrière de la voiture qui était garée  juste en face du portail. La maisonnée s’est réveillé  rapidement, on a pu  éteindre  le feu avec des seaux  d’eau. Par la suite nous avons pu avoir les pompiers  qui sont venus  éteindre définitivement ce qui avait commencé à brûler. Par la suite nous avons constaté qu’il y avait une bouteille pleine d’essence qui était à l’intérieur de la voiture et on a compris que  c’est du dehors que des individus ont certainement  mis le feu avec un  morceau de tissu  qui était attaché à cette bouteille qu’ils ont jetée  dans la voiture en brisant la vitre arrière et c’est ce feu qui a commencé à bruler l’intérieur de la voiture . Mais Dieu merci, la bouteille pleine d’essence n’a pas éclaté et c’est bien que le feu n’a pas été très violent  et c’est ce qui a aidé à ce qu’on puisse maitriser la flamme rapidement.

 

RL : Une idée des dégâts…

 

BYL : Les dégâts c’est essentiellement  des documents qui se trouvaient à l’intérieur de la voiture, les chaises arrière de la voiture qui ont brulé complètement en plus de la vitre qui a été brisée.

 

RL : Des documents très importants certainement ?

 

BYL : Oui. Des documents notamment  des dossiers sur lesquels je travaillais  qui étaient à l’arrière chaise de la voiture et des documents personnels que j’avais dans la voiture.

 

RL : Bien avant ce qui est arrivé,  sentez-vous votre sécurité menacée ?

 

BYL : Pas particulièrement, parce que depuis que nous menons ces activités, nous n’avons pas senti  des menaces ces derniers temps , sauf qu’il  y a eu quelques échauffourées entre internautes  notamment sur le réseau   Facebook après ma sortie  du 29 décembre dernier sur le plateau de la télévision BF1 concernant l’attaque d’Arbinda,  où j’avais dit que je doutais du chiffre  concernant les djihadistes qui avaient été  tués . J’ai vu que  certains individus ont pris mon propos et ont partagé dans un certain nombre de groupe sur cette plateforme  et cela a donné  lieu à beaucoup de réactions très très hostiles ce jour-là.  Cela m’a amené à faire une réaction  le 3 Janvier  qui  a aussi donné  lieu à des réactions diverses et autres. C’est donc dans cette atmosphère que nous avons évolué  jusque  dans la nuit du 6 au 7  janvier où  cet incendie a eu  lieu. Mais je dois noter aussi au passage que le 27 décembre dernier, le journal  Courrier Confidentiel était en procès  contre l’opérateur Abdoul Services qui  nous avait attrait  en justice pour des faits de diffamations qu’il nous reprochait. Ce procès a été une véritable raclée  pour ce monsieur  parce qu’il a été condamné aux dépens car le juge a estimé que les faits qui nous étaient reprochés n’étaient pas fondés et il nous a relaxé et condamné  le plaignant  aux dépens. Nous étions dans les préparatifs  d’un article pour rendre compte de cette affaire  quand l’incident  s’est produit. Voilà un peu le contexte dans lequel nous avons évolué  jusque-là. Mais on ne peut pas à ce stade pointer quelqu’un du doigt. On  pense qu’il  faut se remettre aux autorités  qui sont en train de travailler sur le sujet. Elles seules pourront situer les responsabilités.

 

RL : Des documents  qui ont été touchés par l’incendie, en plus des faits que vous venez  de relater,  on pourrait penser  que cela est lié à vos activités journalistiques ou à vos prises de positions ?

 

BYL : Je pense que cela pourrait s’expliquer  ainsi  parce que  j’estime que cela ne peut pas être fortuit en tout cas. Quand  on regarde les circonstances de ces faits, une bouteille d’essence qu’on peut jeter  avec une flamme dans la cour de quelqu’un à une heure où tout le quartier était endormi ,   nous, nous pensons que c’est un acte qui a été prémédité , préparé et exécuté de mains de maitres  et nous espérons que les fins limiers de la police  sauront nous situer sur les circonstances exactes de cet incident.

 

RL : Avez-vous porté plainte ?

 

BYL : C’est déjà fait parce nous avons alerté un commissariat de police qui nous a demandé de passer faire une déclaration au niveau du commissariat de Bogodogo. Ce que nous avons fait dès les premières heures ce matin (ndlr 7 janvier 2020) et la police s’est déportée sur les lieux pour venir faire les constats d’usage. Donc c’est une affaire qui est en cours.

 

RL : Pensez-vous que ce qui est arrivé pourrait ébranler votre engagement ?

 

BYL : Ah non !  Pas du tout, bien  au contraire ! C’est comme Norbert ZONGO le dit, c’est comme un stimulus qu’on vous apporte quand vous êtes dans ces combats-là. La peur n’a plus de place dans votre vie, tout ce qu’on peut essayer d’agiter comme torchon rouge, en réalité vous recevez  cela comme des pouces  pour que vous puissiez continuer à mener ce combat, pour que vous puissiez continuer à aller de l’avant.  Donc il n’est pas du tout question, que ces genres d’actes puissent émousser notre élan dans le combat que nous menons, ça c’est hors de question.

 

RL : Après ces faits, avez-vous des attentes à l’endroit des défenseurs des droits humains  voire des citoyens de façon générale ?

 

BYL : C’est qu’ils continuent dans leur lancée parce que je sais que ce sont des personnes qui ne dorment pas depuis un moment, on a pu suivre un peu leurs activités, leur présence active sur le terrain,  les derniers développements de l’actualité nationale avec l’attaque de Yirgou. On a pu voir comment ces défenseurs sont mobilisés sur le terrain. Récemment avant notre incident, il y a eu aussi un cas de menace de mort concernant le président du CISC (Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés), on a vu aussi que sur ces points, les défenseurs sont mobilisés. Nous demandons que cette mobilisation puisse se poursuivre et qu’on puisse lutter pour faire la lumière sur ces cas d’atteintes graves aux droits humains  dans notre pays. Parce que si on n’y prend garde, demain la vie risque de ne plus être possible dans notre pays si cela doit continuer. Donc il faut que tout le monde se dise qu’aujourd’hui c’est un tel, peut être que demain ce sera moi-même. Donc il faut se mobiliser pour barrer la route à toutes ces personnes de mauvaise réputation qui veulent mettre à mal l’Etat de droit dans lequel nous aspirons de vivre.

 

Source : Radio Liberté

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