Sahel : « A qui profitent les discours antifrançais ? » s’interroge Guillaume Lafargue, journaliste indépendant

« A qui profitent les discours antifrançais ? », « ces discours sont-ils légitimes ? », telles sont les interrogations de Guillaume Lafargue, Journaliste indépendant, dans la tribune ci-après. Pour le journaliste indépendant, « le discrédit jeté sur la France sert des intérêts moins avouables que ce que voudraient prétendre certains. »

Depuis quelques mois, les discours antifrançais se répandent comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Dans tous les pays du Sahel, une défiance déjà ancienne à l’égard de l’ancien pays colonisateur est ravivée par l’impuissance des troupes françaises à lutter contre le terrorisme. Le narratif antifrançais se concentre sur l’opération Barkhane, bouc émissaire et symbole de la tutelle qu’exercerait encore la France sur l’Afrique.

De manière générale, la France est donc accusée de pratiquer une forme de néocolonialisme sous couvert de soutien apporté à des pays alliés. Mais ces discours antifrançais sont-ils légitimes ? Et à qui profitent-ils ? Il est aisé de constater que le discrédit jeté sur la France sert des intérêts moins avouables que ce que voudraient prétendre certains.

La gauche anti-impérialiste aux manettes

Certains des tenants les plus virulents du French bashing sont des figures de la gauche anti impérialiste. Ils voient encore la France comme l’ennemi héréditaire, venu opprimer les peuples du Sahel. Exit la demande d’aide du président Traoré et l’intervention de la France pour empêcher la prise de Bamako en 2013 : « Serval » et « Barkhane » ne seraient que des noms de code pour une vaste opération de recolonisation.

C’est ainsi que Salif Keita a posté une vidéo sur facebook adressée au président Ibrahim Boubakar Keïta pour lui demander de ne plus obéir au méchant président Macron. Le chanteur star, qui a élu domicile en France pendant une grande partie de sa vie, et qui a été plusieurs fois primé dans ce pays à qui il doit son succès international, va jusqu’à accuser la France de financer les djihadistes.

Clément Dembélé, candidat aux élections présidentielles de 2018, entretient le même type de discours à l’égard de la France. C’est à Paris que sa candidature a reçu ses principaux soutiens de la diaspora malienne et c’est depuis Paris qu’il a critiqué la France. Oumar Mariko, autre ancien candidat de la gauche anti impérialiste aux élections présidentielles du Mali critique l’intervention militaire de la France au nom du refus d’un supposé néocolonialisme. Mariko, qui a affiché à maintes reprises son admiration pour l’autoritaire Hugo Chavez, plaide-t-il pour l’exportation de ce modèle ?

Ainsi, les discours antifrançais, qu’ils se réclament ou non de la gauche radicale, sont fondamentalement politiques. Les hommes politiques qui s’en prennent à la France exploitent un filon facile et oublient souvent de rappeler ce qu’ils doivent au pays qu’ils critiquent.

La Russie en embuscade

Dans le vieux couple que forment le Mali – et au-delà, les pays du Sahel – et la France, force est de constater qu’un tiers cherche de plus en plus à s’immiscer. Alors que la France est critiquée pour son supposé impérialisme, les propos offensants voire complotistes qui visent l’armée française émanent en effet d’ardents défenseurs de la Russie. La proximité de certains leaders de la gauche anti impérialiste avec la Russie s’est vue notamment au dernier sommet Russie-Afrique. Laurence Ndong, gabonaise qui accuse la France sur le respect des droits de l’homme, ne s’est pas inquiétée des rapports que son hôte entretient avec ces derniers lorsqu’elle a accepté de participer à deux tables rondes lors du sommet de Sotchi en novembre dernier.

Le point commun de ceux qui conspuent la France est toujours à chercher du côté de Moscou. Sans se soucier des contradictions, on critique l’impérialisme supposé de la France pour favoriser l’impérialisme de Poutine. Clément Dembélé demande l’aide de la Russie au Mali, de même que Yaya Sissoko, directeur du groupe de patriotes du Mali, qui a récemment lancé une pétition demandant l’aide de la Russie dans la lutte contre le terrorisme. Il a également organisé des manifestations pour le retrait des troupes de la Minusma et de Barkhane.

Au Burkina Faso, le député Henri Koubizara critique avec virulence l’action de la France au Sahel : c’est sans doute un hasard s’il préside le groupe d’amitié parlementaire Burkina-Russie. Même Kémi Séba, le franco-béninois aux discours les plus radicaux sur la nécessité de sortir l’Afrique de toute tutelle, en cherche une du côté de la Russie. Il dirige l’ONG Urgences panafricanistes qui diffuse le discours antifrançais dans tout le Sahel mais travaille étroitement avec la Russie ; il est notamment proche du think tank Afric. Celui qui qui s’est rendu populaire en brûlant symboliquement un billet de 5000 francs CFA souhaite-t-il aujourd’hui l’avènement du rouble CFA ?

Une tribune de Guillaume Lafargue, Journaliste indépendant

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