E-learning en Afrique : conseils aux étudiants prodigués par Dr Poussy Sawadogo

Il y a quelques mois, l’enseignement en ligne ou « E-learning » était l’apanage de quelques institutions d’enseignement supérieur au Burkina Faso. Aujourd’hui, avec les mesures sanitaires consécutives à la pandémie de la COVID-19, plusieurs instituts et universités ont fait l’option des cours en ligne. Cette réalité rappelle le comportement des hommes qui changent en raison de trois causes majeures : le choix, la chance et l’accident.
Ils sont rares les établissements supérieurs qui ont fait le choix de l’enseignement en ligne. Ceux qui ont profité d’une opportunité pour se lancer doivent être encore moins nombreux. Naturellement, la COVID-19, un accident de l’histoire, a contraint plusieurs établissements supérieurs à adopter l’enseignement en ligne pour la survie. Tout comme les individus, les organisations et les nations qui ne font pas le choix finiront par s’engager dans le changement par accident. Il s’agit là d’un impératif vital. Face au mouvement d’ensemble, l’auteur des lignes qui suivent, par devoir citoyen, a choisi de partager son expérience de la formation en ligne afin d’aider les étudiants à mieux réussir cette nouvelle façon d’apprendre.
Une expérience en tant qu’étudiant et enseignant
En 2006 et 2007, j’ai participé à des formations en ligne de niveau master en diplomatie contemporaine à DiploFoundation, une organisation de formation en diplomatie affiliée à l’Université de Malte. En 2017, j’ai bénéficié de l’expérience d’une formation en ligne avec l’Institut des Hautes Etudes Internationales et de Développement (IHEID) de Genève en genre et développement pour un « Certificate of advanced studies ». Et depuis 2019, je suis étudiant de master en science de l’éducation à l’Institut de Formation et de Recherche Interdisciplinaires en Sciences de la Santé et de l’Education (IFRISSE) au Burkina Faso.
Depuis 2009, dans le cadre d’un programme certifiant dénommé « Action et Coopération Internationale », co-organisé par le CRYSPAD et l’ULB, j’ai animé des cours à distance au profit des participants. En 2016, j’ai animé des enseignements en ligne au profit des étudiants de licence et de master à l’IPD-AOS. En 2019 – 2020, j’ai dispensé des enseignements à la filiale de « Business Intelligence Institute of Management » (BIIM) basée au Burkina Faso.
De ces expériences en tant qu’apprenant et en tant qu’enseignant, je dispose de quelques conseils à partager aux étudiants qui s’engagent pour la première fois dans le processus d’un apprentissage à distance.
Des défis de connexion
En 2007, j’ai fait l’essentiel de ma formation en ligne à partir d’un cybercafé. Les enseignements interactifs se déroulaient entre 13 heures et 14 heures. La précarité de la connexion créait souvent des frustrations. En 2016, la disponibilité de la connexion sur des ordinateurs portables ont ajouté un confort au processus d’apprentissage. Cependant, la connexion avait souvent des caprices et rendait difficiles les activités académiques.
En tant qu’enseignant, les mêmes défis se posent car il arrive souvent que certains étudiants se connectent en retard ou jamais pour des raisons d’indisponibilité de l’Internet. Aujourd’hui, des réseaux sociaux peuvent contribuer à contourner ces difficultés. Cependant, le coût élevé des services des compagnies de téléphonie mobile est un frein à l’accès de la formation en ligne par tous.
Au-delà des aspects technologiques, l’apprentissage en ligne demande plus d’attention et d’autonomie de l’étudiant.
Cultiver l’autodiscipline
L’enseignement en ligne exige plus d’attention de la part de l’apprenant. Pour des enseignements qui utilisent des outils sonores comme à l’IFRISSE, il faut beaucoup de concentration pour saisir les propos de l’enseignant. Pour des cas d’échanges interactifs comme à l’IPD-AOS, il faut suivre l’ensemble des interactions pour comprendre le cours. Le niveau de connexion peut jouer sur la qualité des échanges. Certains messages peuvent s’afficher avec un grand retard.
Concernant les évaluations, le temps est un élément fondamental. La page qui reçoit les copies sont ouvertes pendant un temps donné. Par exemple, pour certaines évaluations, la plateforme est ouverte pendant deux heures. Après ce temps, il est impossible de déposer sa copie. Certains devoirs de maison peuvent bénéficier d’un temps plus long mais à l’échéance tout se ferme. Il faut savoir gérer efficacement son temps pour ne pas s’exposer à des difficultés. Il n’y a pas de surveillant pour alerter mais le système est tellement rigide que ceux qui s’amusent avec le temps apprennent à leurs dépens.
L’enseignement en ligne exige une forte autodiscipline pour l’apprentissage des cours et pour les évaluations. Il est plus difficile de détecter le plagiat dans les formations en présentiel que dans celles en ligne. Des systèmes de détecteur de plagiat existe à la disposition des correcteurs. Des méthodes pratiques permettent à partir de recherche en ligne de détecter également le plagiat. Il ne faut pas céder aux raccourcis et s’exposer à de graves sanctions.
La formation en ligne exige de l’étudiant 90% d’efforts alors que le présentiel en demande moins surtout que la présence physique de l’enseignant permet de mieux comprendre certains détails. Ceux qui manquent d’autonomie et d’assurance auront des difficultés à réussir la formation à distance.
La lecture est incontournable pour réussir son apprentissage en ligne. Dans le cadre de la formation en ligne à DiploFoundation, à l’IHEID et à l’IFRISSE, il faut lire en moyenne 1000 pages par semaine pour mieux comprendre les enseignements. L’avantage est que ces genres de formation ont des bibliothèques en ligne qui facilitent l’accès à la documentation.
En tant qu’enseignant, il importe de cultiver plus d’empathie afin d’aider les apprenants invisibles à avancer. Même en ligne, l’animation vivante, avec une attitude encourageante, un sourire soutenant, un humour animant et une voix rassurante, peut faciliter l’assimilation du message. Il faut également utiliser des outils comme les vidéos, les éléments sonores et les textes pour consolider l’apprentissage. Il faut savoir télé-communiquer l’humain et permettre aux apprenants d’être dans la quiétude.
Le défi important pour le Burkina Faso qui se lance dans cette aventure est d’avoir non seulement des étudiants prêts à se sacrifier pour apprendre mais aussi de nouveaux enseignants qui maîtrisent l’outil informatique et même plus. On ne peut pas réussir l’animation d’un enseignement en ligne avec les paradigmes anciens se satisfaisant des mêmes supports et des mêmes méthodes depuis des années. Tout est dynamiques quand on s’engage dans la formation à distance. Il apprendre à créer son contenu au lieu de céder au téléchargement facile de contenu existant car cela finit par humilier l’enseignant. On dispose de toute la matière pour concevoir un contenu de qualité surtout en l’adaptant au contexte et à la culture du milieu. Notre propre expérience peut donner une couleur différente à notre enseignement. Le système d’évaluation est aussi différent.
Les institutions d’enseignement doivent d’abord remettre à niveau leurs enseignants avant de s’engager dans le processus au risque de n’en tirer que peu de profits. L’enseignement à distance offre une grande opportunité à l’Afrique avec d’importants défis technologiques et psychologiques à relever.
Dr Poussi SAWADOGO, Conseiller en formation/IACDI

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