Lutte contre le racisme : Amado Dipama, le panafricaniste qui a remporté plusieurs procès en Allemagne

Le racisme est monnaie courante en Europe et bon nombre d’Africains le subissent. Amado Dipama, Burkinabè vivant à Munich en Allemagne depuis 2002, panafricaniste et président du Réseau de Lutte contre le Racisme en Allemagne, est très engagé dans la lutte contre ce phénomène. Il a remporté plusieurs procès dans ce cadre au profit de plusieurs Burkinabè et Africains en Allemagne.
Nous l’avons rencontré le mercredi 6 mai 2020 à Ouagadougou, pour savoir davantage ce qu’il fait et comment il arrive à réussir ce combat en Allemagne. Lisez !
En quoi consiste votre travail de lutte contre le racisme ?
Notre travail est de sensibiliser la population pour la meilleure compréhension, de lutter contre le racisme que nous vivons en Allemagne. Le racisme est notre quotidien en Allemagne.
Dans notre organisation, nous essayons de lutter contre ce phénomène et nous travaillons avec la presse pour mener des sensibilisations.

Comment votre lutte est-elle organisée ?
C’est beaucoup plus les Burkinabè qui viennent vers moi, même ceux-là qui viennent d’arriver quand ils ont des difficultés, on les réfère vers moi.
Avez eu le soutien du gouvernement allemand dans cette lutte ?
Les débuts n’ont été faciles car nous n’avons pas de soutiens mais nous n’avons pas baissé les bras. Nous avons continué à lutter parce que la liberté ne se donne pas, elle se confisque. Notre liberté même dans notre pays n’a pas de prix. Nous nous activons malgré que nous n’ayons pas de soutien. Mais à un moment donné, le gouvernement a vu que notre lutte a commencé à prendre de l’ampleur et il a commencé à soutenir. Il y a de cela 4 ans, nous avons eu de l’aide du gouvernement allemand en commençant par la municipalité.
Quelle est la contribution du gouvernement burkinabè là-bas à travers l’Ambassade du Burkina ?
Nous n’avons pas de soutien du gouvernement burkinabè. Mais peut-être le soutien moral. Nous sommes en contact avec l’Ambassadeur et il nous encourage.
Quelles sont les différentes formes de racisme dont vous êtes victimes en Allemagne ?
A cause de notre couleur de peau, nous avons beaucoup d’attaques des Allemands racistes. Il y a le racisme anti islam et on peut ne pas être Noir mais être Musulman. Il y a aussi les femmes qui sont victimes du sexisme. Il y a plusieurs sortes de féminisme et avec plusieurs aspects par la couleur de peau ou parce qu’elles sont femmes.
Qu’est-ce que cela veut dire ?
Il faut dire qu’il y a des femmes burkinabè qui ont été victimes de sexisme. Nous voyons souvent si c’est la couleur de la peau et ou si c’est parce qu’elle est femme. Nous voyons s’il faut chercher un avocat car j’ai un réseau d’avocats compétents pour défendre la personne.
C’est quand je suis arrivé en Allemagne que j’ai su que les boîtes de nuit ne sont pas faites pour le monde. Les noirs n’ont pas accès à plusieurs boîtes de nuit en Allemagne et nous sommes en 2020. Nous sommes dans un pays où on parle beaucoup d’intégration alors que l’on ne peut pas parler d’intégration pendant que vous fermez vos portes. J’ai même fait un test avec une équipe composée de deux Allemands, deux Arabes, deux Africains et une journaliste. En deux nuits, nous avons visité 25 boîtes de nuit de Munich et nous les deux noirs n’avons eu accès qu’à 5 boîtes de nuit et les Arabes ont vécu la même situation que nous. A la fin de l’action, je me suis dis que je ne peux pas accepter la situation comme cela si c’est vrai que nous sommes dans un Etat de droit. J’ai porté plainte contre 10 chefs de boîtes. J’ai emmené 6 en justice et c’est à base de cette loi de lutte contre le racisme que j’ai porté plainte. J’ai gagné deux procès, j’ai réglé deux à l’amiable. Ils se sont excusé et sont même devenus des partenaires dans le cadre de la lutte contre le racisme et j’ai perdu les deux autres procès. Tout dernièrement en décembre, la Journée mondiale des Droits de l’Homme à savoir le 10 décembre 2019, le verdict d’un de mes procès est tombé contre un propriétaire immobilier qui a fait ses annonces sur lequel il a précisé que seuls les Allemands blancs pouvaient habiter l’immeuble. J’ai porté plainte et au procès, il a été dit que s’il recommence, il encourt 250 000 Euros d’amende ou 6 mois de prison.
Comment appréciez-vous la tournée de la chancelière Allemande en 2019 en Afrique ?
Je pense que le partenariat entre l’Allemagne et l‘Afrique est quelque chose de positif. Je l’apprécie à sa juste valeur. Mais il y a un système colonialiste qui continue. Par exemple, quand on parle du G5 Sahel, depuis qu’ils sont là, la situation ne s’est pas améliorée. Le but du G5 Sahel que nous connaissons est de bloquer la route des immigrés et quand tu prends la carte, tu regardes, c’est une nouvelle frontière de l’Europe qui est tracée en passant par le Sahel. Donc le G5 Sahel n’a pas apporté grand-chose à la lutte contre le terrorisme et cela montre qu’il y a un autre objectif qui est à l’ombre.
Que pensez-vous de ces immigrés qui meurent sur les côtes libyennes ?
Cela nous donne des insomnies, ces images que nous voyons. C’est un cimetière que nous voyons sur les côtes libyennes et c’est même le cimetière le plus grand du monde d’ailleurs. Je critique la politique migratoire de l’Europe parce qu’en Europe, quelqu’un peut se lever pour venir au Burkina ou partout en Afrique. Par contre, nos jeunes ici n’ont pas les mêmes possibilités et pourtant, nous avons les mêmes aspirations. Même si je ne suis pas pour l’immigration clandestine, il faut voir là où se trouve le problème. Comment expliquer à un chef de famille qui n’arrive pas à nourrir sa famille que cette voie est très dangereuse qu’il ne faut pas la prendre. C’est difficile pour cette personne de comprendre car nous ne savons pas ce qu’elle a dans la tête.
Quel mot avez-vous à l’endroit des gouvernants africains ?

Je lance un appel à soutenir la diaspora en Europe et à reconnaître nos actions. Si je prends le cas de l’Allemagne, nos gouvernants nous bloquent de prendre la double nationalité en Allemagne. Nous avons fait nos doléances au ministre en charge des Burkinabè de l’extérieur et expliqué nos problèmes. C’est difficile pour moi d’aller remettre mon passeport à mon ambassade, rejeter ma nationalité parce que je veux la nationalité allemande car même étant Allemand, on va me contrôler parce que je suis Noir.
Wakiyatou KOBRE

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