Mort suspecte de 12 civils à Tanwalbougou : Certains éléments de la gendarmerie qui ont mené l’enquête seraient impliqués dans l’affaire (CISC)

Déclaration du Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés  (CISC) suite à la conférence de presse du procureur du Faso sur la mort de 12 Civils à l’Est du Burkina Faso

Le CISC a suivi avec une grande attention la conférence de presse organisée ce 27 mai 2020 par le Procureur du Faso près du TGI de Fada N’Gourma et le Procureur général, à 11h à Fada.

Cependant, nous tenons à revenir sur un certain nombre de faits et de propos tenus lors de cette conférence de presse et qui sèment encore plus de doute dans l’esprit du citoyen honnête qui aimerait croire à la justice de son pays.

-Sur les arrestations
Le procureur l’a enfin reconnu, comme nous l’avions affirmé dès le 14 mai 2020, les arrestations n’ont pas été menées sur un terrain de combat, encore moins la nuit du 11 au 12 mai 2020, mais au marché de Pentchangou et en pleine journée parce qu’il n’y a pas de marché de nuit dans cette localité, surtout avec le couvre-feu instauré à partir de 19h. Le procureur n’a jamais dit également que les personnes arrêtées sont des terroristes confirmés, donc de ce fait, ils devraient bénéficier de la présomption d’innocence et donc d’un jugement équitable digne d’un Etat de droit.

-Sur la détention
Sur ce point, le doute persiste car non seulement le procureur Kadeba Judicael, était incapable de donner la capacité exacte des soi-disant cellules mais aussi il n’a jamais fait cas des propos du chef de poste de la gendarmerie, Sayouba Simporé, qui aurait dit le mardi 12 mai 2020 à une délégation de notables locaux que ses agents n’avaient ni arrêtés et ne détiennent personne juste au lendemain matin des évènements.

-Sur l’enquête
Cette conférence de presse a également révélé que cette enquête n’aurait pas été menée avec toute la rigueur qui sied. L’enquête a été menée par la gendarmerie dont certains éléments seraient impliqués dans les arrestations et dont les personnes seraient décédées dans les cellules.

Par ailleurs, plus de deux semaines après les faits, le procureur ne s’est toujours pas rendu sur les lieux du crime. Le contexte sécuritaire ne saurait excuser son déplacement sur les lieux du crime situés à 40 km et qui est toujours fréquentable. Avec un minimum de rigueur, il devait s’y rendre immédiatement pour évaluer le lieu du crime qui est une mine d’informations.

Aussi, si les faits ne relèvent pas de la compétence des juridictions de droit commun, pourquoi et comment le procureur du TGI de Fada a-t-il pu valablement diligenter une enquête dans une enceinte militaire ?
Encore, parlant des 15 personnes auditionnées par l’équipe en charge de l’enquête, on y dénombre 12 détenus qui sont toujours entre les mains de la gendarmerie, le chef de poste de la gendarmerie de Tanwalbougou et deux parents de victimes. Plusieurs questions pourraient interpeller tout citoyen ou démocrate sincère. Ce sont : Les 12 détenus ont-ils été auditionnés en présence d’un avocat ?

Que vaudrait le témoignage des personnes qui ne jouissent pas de leur liberté et qui plus, sont auditionnées par ceux qui seraient impliqués dans la mort de leurs co-détenus ? Les 3 codétenus de la cellule des 12 victimes sont-ils des gens de moralité irréprochable dont le témoignage fait foi et est présenté comme parole d’évangile ? Mais alors, pourquoi sont-ils accusées jusque-là de terrorisme ? Que peut bien dire le chef de poste de Tanwalbougou qui l’accablerait, lui et ses hommes ? Pourquoi le seul rescapé libéré n’a-t-il pas été auditionné ? Pourquoi les ambulanciers n’ont-ils pas été auditionnés ? Pourquoi avoir refusé aux défenseurs des droits humains et aux organisations de défense des droits humains de rendre visite aux détenus ? Que cache-t-on ?

Le procureur affirme que les détenus ne sont pas morts par balles et qu’il n’y avait pas de sang sur les corps. De qui se moque-t-on ? Ceux qui ont participé aux enterrements des corps sont formels pourtant, les corps étaient ensanglantés et des têtes écrabouillées. Avant d’enterrer les corps, ils auraient même dû boucher par des morceaux de tissus certaines orifices et perforations qui seraient causées de balles au niveau de la tête.

-Sur l’identification des corps
A en croire le procureur du Faso, l’identification des corps a été faite avant qu’ils ne soient convoyés à la morgue du CHR de Fada N’Gourma. Comment cette identification a-t-elle été faite ? Pourquoi les parents n’ont pas été associés à cette identification, d’autant plus que certains n’avaient pas de pièces d’identités nationales CNIB ? Voici des questions qui sont restées sans réponses.

Concernant le certificat médical qui aurait été émis par un infirmier, il faut retenir que ceci n’est pas conforme aux prescriptions médicales en l’espèce compte tenu du niveau de qualification de l’intéressé qui est un paramédical et d’autres part, un tel certificat doit être accessible à la famille et aux ayants droit des personnes décédées. L’infirmier est un agent de première ligne qui n’a pas compétence pour poser certains actes.
Aussi, ni le procureur, ni la gendarmerie, ni aucune autorité en charge du dossier n’était au cimetière où certains corps ont été déballés avant enterrement.

Alors, comment peut-il être formel qu’ils n’ont pas reçu de balles ? Et se raviser par la suite en disant qu’il n’exclut aucune piste.
-Sur l’autopsie
Dans une situation aussi spécifique, le procureur devrait se rappeler des obstacles à l’inhumation de corps dont la mort dans ces circonstances troubles et d’une mort violente et suspecte surtout que l’infirmier chef de poste n’avait pas pu situer les causes exactes de la mort des victimes. Malheureusement, les corps ont été enterrés à la hâte sans attendre une autopsie qui n’est pas une option mais une obligation dans ces conditions d’indignation généralisée. Elle aurait permis de situer sur les raisons véritables de la mort de ces 12 personnes.

Aussi, le procureur semble ignorant des techniques thanatologiques en vigueur et des ressources en médecine légales disponibles dans notre pays, autrement dit il ne parlerait pas du ridicule prétexte de putréfaction des corps pour expliquer l’absence d’autopsie des corps avant leur enterrement. Selon les connaissances scientifiques, une putréfaction ne saurait être une contre-indication pour une autopsie. L’autopsie serait bel et bien possible quel que soit le stade de putréfaction d’un corps. Qu’est-ce qui pourrait rendre l’autopsie impossible 24 heures après la mort des victimes et qui la rendrait possible trois mois plus tard ? Alors, le CISC reste très sceptique sur cet argument jusqu’à l’explication scientifique d’un médecin légiste.

D’ailleurs, pourquoi les corps n’ont pas été acheminés à Ouagadougou (en 4 ou 5 heures de route) qui dispose de plateaux techniques appropriés et de la compétence qui est de plus en plus renforcée ? Pourquoi n’avoir pas réalisé de radiographie ou d’échographie sur les corps en l’absence de plateau technique pour une autopsie au Centre Hospitalier Régional de Fada, ne serait-ce que pour mieux apprécier les corps ? Le procureur Général, Rasmané Bikenga doit comprendre que, pour nous, peu importe l’appartenance ethnique du médecin de Fada qu’il a cité, car ces questions demeurent toujours pertinentes et légitimes.

Pourquoi vouloir attendre trois mois avant de procéder à l’autopsie qui serait possible à tout moment. Certains parents s’inquièteraient de l’existence d’un plan machiavélique qui consisterait à remplacer avec le temps les corps déjà enterrés. En tout état de cause, si l’autopsie traine, alors au moment de l’exhumation des corps, des tests d’ADN devraient être effectuer.

Compte tenu du doute raisonnable et fondé sur la volonté de camoufler la vérité dans cette affaire, le CISC ;
– Exige une rigueur très ferme dans la conduite de l’enquête telle que l’a promis le président du Faso dans son discours
– Exige la suspension de tous les acteurs qui seraient impliqués, la chaine de commandement y compris le gouverneur de l’Est qui est aussi un gendarme
– Exige la mise en place d’une commission d’enquête indépendante avec une assistance internationale pour conduire l’enquête en toute impartialité
– Exige l’arrêt immédiat de ces crimes de masse et crimes contre l’humanité. Tous les Burkinabè sincères doivent continuer à collecter les informations afin de pouvoir traduire tous les responsables et leurs commanditaires devant la justice nationale et internationale.
– Exige instamment le démantèlement des escadrons de la mort, mais aussi la dissolution des volontaires VDP qui ne sont rien d’autres que des volontaires pour la destruction de la patrie
– Exige l’arrêt de l’instrumentalisation de la population dont la misère est exploitée par certaines autorités qui leur demanderaient de marcher pour soutenir les acteurs afin de recevoir en contre partie de la nourriture. Tel à été le cas le 26 mai 2020 à Fada N’Gourma.
– Demande à toutes les chancelleries présentes à Ouagadougou, aux amis et partenaires du Burkina Faso, de mettre tout en œuvre pour que ces crimes s’arrêtent ici et maintenant.
– Exige Vérité et Justice pour tous les crimes de masses tels que Tawalbougou, Barga, l’assassinat des 2 camarades de l’ODJ, Yirgou, Nagraogo, Silgadji, Banh-Kain….

Au regard de la situation nationale très préoccupante, le CISC invite tous les Burkinabès à rejoindre l’Unité d’Action Populaire (UAP) qui tiendra une conférence de presse ce Dimanche 31 mai 2020 à 10 heures à la Bourse de Travail.
Le Bureau Exécutif

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