Burkina : « La pandémie de Covid-19 a révélé l’extrême fragilité des travailleurs de la presse privée. », Hamidou TRAORE

Ceci est la déclaration liminaire lue à la Conférence de presse des travailleurs des medias privés du Burkina.

Déclaration liminaire du 11 juin 2020
Chers confrères et consœurs ;
Merci d’avoir répondu massivement à notre invitation de ce jour qui pour l’une des rares fois, a pour objectif d’évoquer les conditions de vie et de travail des hommes et femmes des médias privés du Burkina Faso.
Comme nous aimons à le dire dans notre jargon, les faits sont sacrés, nous nous limiterons donc à évoquer quelques éléments de faits saillant et assez illustratifs des conditions de vie et de travail exécrables des travailleurs des médias privés.
I- La non application de la Convention collective
Chers confrères, chères consœurs, comme vous le savez, les travailleurs des médias privés sont en principe régis par la Convention collective de 2009. Elle constitue donc la base légale par laquelle tout contrat de travail doit être conclu entre les travailleurs et les organes de presse privés. Nous constatons avec consternation que depuis sa signature, une majorité écrasante d’organes ne l’appliquent pas. Ce qui ouvre la porte à toutes sortes de dérives dans le traitement des agents de la presse privée.
Chers confrères, chères consœurs, vous êtes nombreux à avoir au bas mot plus de 5 ans d’exercice dans la noble profession de journaliste, mais depuis là, vous n’avez aucun contrat de travail. Vous êtes nombreux à être rémunérés en fonction des humeurs des patrons.
Mesdames, messieurs,
Il n’est pas rare de voir des journalistes du privé rémunérés à 25 000 F le mois, sinon, qui travaillent sans salaire. Cette situation, entre autres, condamne des agents à une paupérisation continue et sans perspective dans le métier ou du moins la seule perspective, c’est la clochardisation.
II- Absence de plan de carrière
Chers confrères et chères consœurs, un nombre incalculable de travailleurs dans nos organes du privé ne bénéficient pas d’un plan de carrière. Pendant des années, ils travaillent sans connaitre de promotion.
III- Pas de déclaration à la Caisse de sécurité sociale
Une autre situation macabre que connaissent plusieurs journalistes du privé est le fait de n’être pas déclaré à la Caisse nationale de sécurité sociale. Cette déclaration devrait permettre une cotisation pour leur assurer un minimum vital à leur vieillesse. Cette absence de déclaration les condamne par conséquent, à une retraite sans pension. Connaissant les carences de notre système de protection sociale, la privation d’un tel droit voue ces agents non déclarés à une retraite et une vieillesse de misère. Outre cela, certains agents sont déclarés mais les cotisations ne suivent pas.

IV- PAS DE COUVERTURE SANITAIRE
Chers confrères, chères consœurs, la pandémie du Covid-19 est venue aggraver la situation qui n’était guère reluisante. Nous tenons déjà à saluer les efforts du gouvernement à accompagner les organes de presse qui se matérialisent à travers le fonds de soutien à la presse privée, et les donations en cette période de Covid-19. Cependant, nous attirons l’attention du gouvernement que nous agents ne bénéficions en rien de tous ces soutiens bien que l’esprit des soutiens vise à assurer une certaine résilience à tous les acteurs du secteur.
Des confrères de la presse privée paient le prix fort de cette situation difficile induite par l’apparition du Covid-19 au Burkina Faso. La pandémie de Covid-19 a révélé l’extrême fragilité des travailleurs de la presse privée. En effet, déjà que nous ne bénéficions d’aucune couverture sanitaire, nombreux sont nos confrères salariés, contractuels et pigistes qui traversent une situation infernale et intenable.
Chers confrères, chères consœurs !
Depuis fin février, ils sont nombreux ceux-là qui n’ont pas encore reçu leur salaire en plus des anciens arriérés, piges ou rémunérations. Avec la suspension de presque toutes les activités c’est un manque à gagner énorme pour les organes de presse et partant pour les travailleurs.
Et pourtant les charges, dépenses quotidiennes ou mensuelles restent toujours à satisfaire sans compter les difficultés à honorer les frais de loyer, à se nourrir et nourrir sa famille, à se soigner et même à assurer notre mission d’informer les citoyens le plus souvent avec nos propres moyens (engins, carburant, ordinateurs, etc.)
Et comme vous le savez, cette mission nous impose d’être dans tous les milieux pour recueillir les informations. Nous sommes là pour accompagner tout le monde et nous sommes les « partenaires numéro 1 de monsieur tout le monde ». Notre vulnérabilité s’est malheureusement aggravée avec l’apparition de la pandémie.
Actuellement ; de nombreux hommes et femmes des medias privés crient famine d’une voix inaudible dans le labyrinthe de la misère.
Chers confrères, chères consœurs, nous profitons de vos plumes, micro et camera pour interpeller nos patrons, les actionnaires à ne pas seulement se préoccuper de la consistance des dividendes, mais d’avoir également un regard attentif vis-à-vis de ceux-là qui se sacrifient au quotidien pour faire fructifier leur entreprise. Nous souhaitons également que notre ministère de tutelle et le conseil supérieur de la communication se penchent sur la situation difficile que vivent les journalistes du privé. Cependant, nous voulons préciser que cet appel n’est pas une invite à la charité ou à la compassion à notre égard, mais la prise de mesures structurelles et nécessaire s’imposant dans le cadre de notre profession. Ainsi, nous appelons les patrons à la pleine mise en œuvre de la Convention collective et tout ce que cela implique, notamment en nous versant nos arriérés, en nous servant des salaires dignes de nos sacrifices quotidiens, en nous déclarant à la Caisse de sécurité sociale et versant effectivement les cotisations, en assurant une sécurité et des garanties sanitaires, des mesures spéciales dans ce contexte de pandémie ; etc.
Nous travailleurs des médias du privé (journalistes, animateurs, techniciens, photographes, etc. méritons d’être soutenus.
Notre métier nous met à l’avant-garde de l’effectivité du droit au savoir du peuple et à la publicité de la gestion de la Res publica qui sont des garanties de l’état de droit, d’une vraie démocratie participative.
Nous profitons aussi de l’occasion pour lancer un appel à l’union sacrée entre journalistes du privé, des travailleurs des médias privés pour défendre leurs droits, pour lutter pour des meilleures conditions de travail.
Chers confrères ; mesdames et messieurs ; pour nous résumer ; nous souhaitons :
 La pleine application de la convention collective avec des contrats de travails en bonne et due forme
 Un plan de carrière
 Une couverture sanitaire appropriée
 Le versement des arriérés de salaire
 Notre déclaration suivie de cotisation effective à CNSS
 l’union sacrée des travailleurs des medias du privé pour l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail.
Nous ; membres du Comité Ad hoc des Travailleurs de la presse privée du Burkina, espérerons compter sur la bonne foi et compréhension de l’ensemble de tous ceux qui nous appellent affectueusement « leurs partenaires privilégiés », nos patrons, notre ministère de tutelle et sur le CSC.
Nous tenons à remercier au passage l’AJB et le Synatic qui, dans une récente déclaration ont décrit avec les mots justes la situation catastrophique des hommes et femmes des médias du privé.
Nous vous remercions
Déclaration lue par Hamidou TRAORE.

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